GÉNISSE DE MARY KATE WILLIAMS - Editions IMPACT

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« Ma puissance est dans mon lait. » je vous propose un thriller futuriste et féministe, publié dans la collection impact dans la veine de la servante écarlate.

Génisse de Mary Kate Williams qui a grandi à Philadelphie,  vit aujourd'hui en Floride. Elle travaille dans le marketing sportif et Génisse est son premier thriller. Une dystopie où le changement climatique redéfinit l'élevage et où le lait devient essentiel. Une héroïne prête à tout pour survivre. Un mystère qui pourrait tout faire basculer...

Nous sommes en 2070, aux Etats-Unis. Ravagée par le changement climatique, la planète ne fournit plus assez de ressource pour nourrir une population en proie à la famine. Dans ce futur très sombre, la survie de la population repose en grande partie sur le lait ... humain, le lait maternel ! Mina, le personnage principal, a 25 ans, elle est célibataire, son métier ? Elle est génisse, une femme qui produit et vend son lait au sein de My Lactation Membership, une des plus grosses entreprises mondiales qui réinvente les produits laitiers pour nourrir la population dans un monde où le changement climatique a eu des effets catastrophiques sur l'élevage. 

Voici un de ses spots publicitaires de recrutement des membres, pour campagne 2070 : 

My Lactation Membership vous donne ce dont vous avez besoin pour gagner de l'argent partout, tout le temps. Produisez votre propre lait et rejoignez une industrie en pleine croissance. Faites-vous des amies pour la vie au sein de notre communauté tout en développant votre business. MLM accueille toutes les entrepreneuses en lait humain, quels que soient leur taux de production et leur marché cible.

Et un extrait du Rapport d'impact économique de l'observatoire Jachère, de 2069 :

Le marché international du lait humain est évalué à 383 milliards de dollars US, en hausse de 15% depuis 2068.

Aux seuls États-Unis, le processus de production de lait humain rassemble quelque trois millions d'emplois, depuis les Génisses qui tirent leur lait aux transporteurs laitiers, en passant par les tests de qualité, la pasteurisation et la mise en bouteilles.

Un tiers de ces emplois sont les Génisses, les productrices de lait humain, en progression de seulement 5% depuis 2068'

1. Les données qualitatives révèlent que la nouvelle génération hésite à S'engager dans l'effort, évoquant les carences et l'impact général sur la santé.

L'impact de l'industrie du lait humain sur le produit intérieur brut n'est pas négligeable. Cette production permet d'alléger l'impact social de l'absence de produits nutritifs sur les étageres des supermarchés? »

Le but de Mina est de devenir la meilleure productrice de la compagnie, gagner de l'argent, beaucoup d’argent et mettre sa famille à l'abri de la faim. Pour ça, elle s'impose une routine millimétrée. Mais tirer son lait tous les jours n’est pas simple :

« J’ai un blocage. Un canal lactifère bouché dans mon sein gauche - ce sein qui produit tellement plus que le droit, ma source principale de revenus.Je fais rouler mes épaules pour ajuster discrètement mon soutien-gorge. Seule solution, continuer à utiliser mon tire-lait pour solliciter le canal, tout en priant pour que ça ne vire pas à la mastite. »

Mais ce « commerce » suscite haine, polémique et manipulations,  c'est aussi un des choix de vie des plus dangereux. Menaces, insultes, meurtres, agressions ... la vie de Mina et ses consoeurs est constamment en péril et lorsqu'une livraison de lait empoisonné déclenche la polémique, les membres du « troupeau » de MLM sont directement menacés. Mina dit :

« Et il y a autre chose. Ce qui m'a empêchée de dormir cette nuit, et la nuit d'avant. Ces mots que l’on m’a envoyés : Grosse vache. Sale pute. Génisse.

Apparemment, « vache » était autrefois une insulte, un commentaire sur le poids d'une femme. Être grosse, c'était mal. Mais maintenant que la nourriture vient à manquer, avoir un peu de chair sur les os signifie qu'on pourra garder son énergie quand la famine empirera. Ça signifie qu'on a quelque chose à perdre. Je me demande ce que l'on ressent quand on n'a pas à se demander ou trouver son prochain repas. Ils ne connaissaient pas leur chance, à l'époque.

Les femmes doivent toujours faire attention à ce qu'elles mangent et à l'opinion publique sur le sujet - surtout nous, les Génisses, les productrices de lait humain. Nous devons maintenir la qualité de notre lait. Donc pas d'alcool, pas de chocolat, pas de petits plaisirs.

Toutes nos Génisses s'adressent à MLM pour être aidées à développer leur business de lactation. Il n'y a pas mieux sur le marché. Si le lait maternel est magique (et c'est bien le cas), alors les Génisses sont les sorcières des temps modernes. Ce n'est pas la meilleure des métaphores, mais il n'empêche que ce liquide, c'est notre superpouvoir.

Quiconque m’envoie ces texto a donc partiellement raison. Je suis une Génisse. Et j'en suis fière. C'est moi qui nourris le pays. « Grosse vache » et « sale pute» ? Non.

Je ne me laisserai pas traiter comme ça. 

Le livre commence par un chapitre dont le titre est : « ÉLEVAGE »

« Bienvenue aux Génisses! » proclame une bannière tendue au-dessus du logo « LactCon 2070 ». Une vraie cible. Nous sommes une proie si facile. Les menaces, les manifestations, tous ces groupes qui nous détestent, nous et ce que nous représentons...

Nous aurions peut-être dû annuler la convention, même au prix de protestations de la part de nos membres. Mais nous en avons besoin - et pourquoi serait-ce à nous de céder du terrain? C'est toujours aux femmes d'apaiser la situation, alors que nous sommes celles dont le monde ne peut plus se passer.

Ce don, c'est le nôtre. Personne ne pourrait survivre sans nous.

Est-ce pour cela qu'ils nous détestent ? »

En tentant de découvrir qui se cache derrière ce qui ressemble de plus en plus à une manipulation à grande échelle, Mina va percevoir le pire, et peut-être trouver la réponse à cette terrible question : Qui sommes-nous prêts à sacrifier pour que notre famille soit en sécurité, nourrie et heureuse. Que va-t-elle devoir sacrifier pour maintenir son statut ? Il est très intéressant de suivre son débat intérieur, entre manœuvres politiques, insécurité et revendications féministes.

« Nous donnons naissance à vos enfants ! Nous nourrissons votre nation! crie-t-elle en s'agrippant le sein gauche de sa main libre. Et pourtant notre égalité ne figure pas dans la Constitution ? Et pourtant vous refusez de reconnaître que nos corps ont des capacités qui vont bien au-delà des vôtres »

L’entreprise organise des manifestations pour l’obtention de l’égalité

Notre entreprise se préoccupe avant tout de lait, mais avec le vote pour l'égalité femmes-hommes qui revient cette année et seulement huit États qui ne l'ont pas encore ratifié, faire campagne est devenu notre deuxième métier. Et un gros avantage pour notre manifestation en vue du vote sur l'égalité femmes-hommes ce week-end : LactBlast a accepté de nous sponsoriser, donc tous les membres qui nous rejoindront auront de quoi se désaltérer sur place!

Davantage roman noir que thriller, Génisse questionne et interpelle. C'est un roman qui déstabilise, consommer du lait humain ... ça peut arracher un petit rictus de dégoût dès les premières pages mais on est très vite embarqué dans ce récit d'anticipation où le « girl power » est au centre de l'intrigue. Un féminisme engagé.

Ainsi ce tweet : 

 @SarahTY411 J'ai vraiment l'impression que si les pénuries continuent, le gouvernement nous forcera bientôt toutes à produire du lait pour le « bien de la nation ». On s'en rapproche depuis des années. J'en parle dans le dernier épisode de mon podcast, le lien est dans ma bio.

Ou ces questions :

TARA : J'ai une question. Une de mes dernières recrues dit qu'elle se sent coupable de produire du lait, de le vendre, alors que les mamans n'y sont pas autorisées.

ANNABELLE : Tu lui as dit que nous militions pour l'annulation de la loi contre le lait maternel ?

TARA : Oui, mais tirer profit d'un système injuste lui fait honte.

ANNABELLE : Écoute, nous sommes d'accord sur l'injustice du système, mais c'est l'argent qui change les choses. Avec ce qu'elle gagne, elle pourra faire des dons qui contribueront à la fin de cette famine, voire partager ses profits directement avec des familles dans le besoin si elle le souhaite. L'argent offre des choix. Quand on ne gagne rien, on n'a rien. Voilà, c'est fini pour ce soir, on se voit toutes à LactCon70 ! »

Ce récit d'anticipation, où la femme est devenu productrice de nourriture, explore, outre la thématique du réchauffement climatique, les injonctions patriarcales, les inégalités sociales et entre les sexes, le capitalisme, le harcèlement, la manipulation de masse, l'exploitation des femmes qui se rapproche fort de l'esclavage, le fanatisme religieux, etc, thèmes qui sont au coeur de nos préoccupations actuelles, rendant cette dystopie d'autant plus dérangeante et troublante.

Quelques citations de Mina le personnage principal de Génisse :

« Je connais des gens comme lui. Il déteste les femmes, mais si on le mettait face à ses paroles, il nierait les avoir jamais prononcées. Il doit bien avoir une mère, une petite amie... Alors comment peut-il nous haïr ? »

« Il ne sait pas ce que c'est d'être une femme. Qu'on se plaigne qu'un homme semble menaçant, on s'entend répondre qu'on est paranoïaque, qu'il est inoffensif.

Qu'on ne dise rien et qu'il nous agresse, voilà qu'on nous accuse d'avoir été trop confiante, trop naïve. Alors on garde tout pour soi. Ainsi vont les choses, ainsi nous apprend-on à les gérer. »


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